Un documentaire consacré à la seule unité anti-braconnage au monde, entièrement féminine et végane vient de sortir. Et ça promet d’être passionnant!

Réalisé par Mara Wilhelm et produit par le très réputé James Cameron (producteur exécutif du documentaire The Game Changers), ce film, financé par le National Geographic, suit des femmes luttant contre le braconnage d’une réserve naturelle du Zimbabwe.

James Cameron a posté et promu le nouveau documentaire sur ses réseaux sociaux, notamment Instagram où il écrit: “Je suis fier d’annoncer que ‘Akashinga: The Brave Ones’, un court documentaire puissant arrivera bientôt sur Nat Geo Channel. Akashinga met en lumière la Fondation internationale anti-braconnage et les femmes courageuses en première ligne de la bataille pour la vie sauvage en Afrique, plus menacée que jamais”.

Ces “femmes courageuses” agissent pour protéger les animaux en voie de disparition, comme les éléphants, contre le braconnage qui sévit, entre autres, dans ces régions.

A l’origine : un ancien soldat en reconversion

Akashinga – qui signifie courageuse.eux en langue shona – est un groupe fondé par un ancien soldat des forces spéciales de lutte antiterroriste, Damien Mander (que l’on aperçoit également dans le documentaire The Game Changers).

C’est un passage en Afrique australe qui lui a ouvert les yeux sur la détresse croissante des éléphants et des rhinocéros. Après près de deux décennies de répit, les éléphants étaient à nouveau abattus pour le commerce illégal d’ivoire.

L’ancien tireur d’élite Damien Mander – Crédit : Rachel Nuwer

Mander décide de travailler dans des parcs nationaux et dirige une unité dans le parc national des chutes Victoria au Zimbabwe. Sous sa surveillance, les incursions de braconnage ont considérablement diminué, et durant les huit années où son groupe a opéré, le parc ne perd pas un seul rhinocéros – le seul exemple du Zimbabwe au cours de cette période.

Des femmes rangers comme nouvel enjeu économique

Cherchant toujours de nouvelles solutions pour combattre le braconnage, Mander est tombé sur un article du New York Times présentant des femmes diplômées de l’école des élites des rangers de l’armée américaine. Il réalise que si des femmes étaient formées pour être gardes militaires, pourquoi ne pourraient-elles pas l’être pour devenir gardes forestiers sur les lignes de front, en Afrique?

Cette perspective aiderait également à combler le trou économique laissé par la diminution de la chasse aux trophées, dont les retombées économiques bénéficiaient les communautés environnantes.

Durant des mois, Mander a cherché en vain un site d’essai, d’abord en Afrique du Sud, puis au Zimbabwe. Malgré l’offre de couvrir tous les frais et d’absorber tous les risques, la population locale refuse ses propositions d’emploi. “On me donnait des excuses creuses, mais la réalité était qu’elle ne voulait pas que des femmes fassent un travail d’homme“, témoigne Mander.

Il décide donc de déménager la Fondation Internationale Anti-braconnage (IAPF), qu’il a créé quelques années plus tôt, dans la réserve sauvage Phundundu du Zimbabwe, où il négocie un bail de 46 ans. C’est sur cet ancien terrain de chasse aux trophées qu’a sonné la mort de milliers d’éléphants au profit des braconniers.

Une fois un camp de tentes construit, Mander et ses collègues annoncent à 29 villages environnants que le programme IAPF recrutait. Plus de 90 femmes ont répondu à l’appel.

Akashinga: les courageuses

Ce programme IAPF, baptisé par la suite Akashinga, propose une formation basée sur l’entraînement des forces spéciales. Sur 189 hommes qu’il a entraîné pour cette opération, 3 seulement sont restés. Sur les 36 femmes, seules 3 ont démissionné!

“Nous les avons soumises à des conditions infernales, et elles ont continué à sourire et à devenir de plus en plus fortes” souligne Mander, “je ne pouvais pas y croire”. Le fondateur a admis qu’il «avait l’habitude de croire que les femmes n’avaient pas leur place dans l’armée».

La sergente Vimbai Kumire, 33 ans, réplique : “Ce travail n’est pas uniquement destiné aux hommes, mais à tous.es ceux.elles qui sont en forme et forts”. Kumire, mère de deux filles, a rejoint le programme quand son mari a abandonné le domicile familial.

Les rangers à l’entraînement – Crédit : iapf.org

Une reconversion… et une renaissance

Parmi les femmes recrutées, plusieurs sont des survivantes de situations difficiles, comme des abus sexuels, des violences domestiques, en précarité économique et/ou mères célibataires.

Primrose Mazliru, 21 ans, est maintenant garde faune, après que son ex-petit ami abusif l’ait quittée alors qu’elle était enceinte.

Primrose réussi à terminer ses études secondaires avec son salaire personnel, tout en s’entraînant avec Akashinga. «Je me suis développée en tant que personne», explique-t-elle, «et j’ai le respect de ma communauté».

Qui sont mieux placées pour protéger les animaux exploités que les femmes qui ont souffert de l’exploitation?” souligne Mander.

Selon lui, qui a entraîné des milliers d’hommes, les femmes sont plus efficaces à arrêter les braconniers et à désamorcer les situations violentes. “Les femmes ne semblent tout simplement pas corruptibles sous cet aspect”.

Parallèlement, Mander s’est tourné vers le véganisme quand il a ressenti «l’hypocrisie» de «protéger un groupe d’animaux, de rentrer à la maison et d’en manger un autre». Les membres de l’équipe ont également adopté le changement.

Kumire garde la photo d’un léopard mort sur son téléphone. Le cou du félin est tailladé et ses pattes ensanglantées. Elle observe cette image dans le camion qui rebondit sur la route défoncée qui l’emmène au travail. “Avant ce métier, je ne pensais pas aux animaux”, confie-t-elle.

Mère célibataire, elle ajoute: “C’est super … la viande ne me manque pas du tout”.

L’impact d’Akashinga

La mise en place de ce programme a plusieurs objectifs: mettre fin au braconnage de manière durable, en élaborant un plan de conservation pour protéger la vie des animaux libres ainsi que des habitants locaux, en travaillant “avec” plutôt que “contre”.

Le projet offre une alternative au braconnage et, en même temps, soutient les communautés locales dans leurs efforts à protéger les animaux menacés en Afrique.

En effet, comme on peut lire sur le site officiel de la National Geographic : “Si une communauté comprend les avantages économiques de la préservation des animaux, elle éliminera le braconnage sans lutte armée”. En effet, une relation harmonieuse avec les communautés locales reste  la meilleure défense contre la criminalité illégale liée aux espèces sauvages.

Le projet a pour objectif d’employer plus de milles femmes rangers d’ici 2025 réparties sur plus de 20 réserves naturelles sous la gestion de l’IAPF. Atteindre cet objectif sera toutefois une bataille difficile. Depuis le lancement du projet, les critiques émises remettent en question le fait d’armer des femmes et de les envoyer dans la brousse en patrouille, et certain-e-s accusent le projet d’être à peine plus qu’un coup médiatique.

Repas au camp. Nicola Kagoro (au centre droit, avec des lunettes) cuisine des plats végétaliens pour toute l’équipe – Photo : Brent Stirton

Mander rejette ces allégations qu’il juge sexistes et cyniques, et présente les preuves qu’Akashinga fonctionne. En effectuant 191 arrestations au cours des 2,5 premières années de leurs opérations, les Akashinga ont contribué à une baisse de 80% du braconnage d’éléphants dans la vallée du bas Zambèze, l’une des plus grandes populations restantes sur terre.

Le concept a maintenant pris racine et le projet s’est étendu à 5 parcs totalisant un peu plus de quatre cent milles hectares. L’IAPF est en train de former 240 femmes de plus pour des postes à temps plein et vise un portefeuille de 20 parcs d’ici 2025. Depuis octobre 2017, les gardes ont effectué ou contribué à 72 arrestations sans tirer un seul coup.

Mander montre aussi les recherches effectuées dans les pays en développement indiquant que les femmes qui travaillent sont beaucoup plus susceptibles de valoriser la préservation des lieux: les femmes investissent 90% de leurs revenus dans leur famille, contre seulement 35% pour les hommes.

«À cet égard, les gardes faune démontrent un principe de préservation-clé: la faune vivante vaut plus pour la communauté que morte aux mains des braconniers”

Les femmes sont d’ailleurs à la fois encouragées et soutenues à acheter des terres dans leurs communautés locales, comme forme d’investissement. Beaucoup l’ont déjà fait. La vie de nombreuses femmes d’Akashinga cristallise la possibilité d’acheter une propriété, de construire une maison, d’envoyer leurs enfants à l’école, d’obtenir un permis de conduire, de terminer leurs études secondaires, de s’inscrire à l’université et de subvenir aux besoins de leur famille.

En intervention à l’école – Crédit : iapf.org

Un transfert des rôles au niveau local

Aussi, l’implication et l’implantation d’Akashinga dans un petit pays enclavé d’Afrique subsaharienne, qui devient de plus en plus hostile aux communautés autochtones locales, sur un continent qui a connu une augmentation de 700% de conflits armés au cours de la dernière décennie, a aussi pour objectif de déplacer les rôles masculins vers la préservation et le travail, et de placer les femmes dans des rôles de pouvoir, de gestion et de prise de décision.

Le développement des compétences de conservation au sein des communautés locales crée plus que des emplois, en sauvant des animaux mais aussi des écosystèmes entiers. Environ quatre millions de personnes vivent à la périphérie des zones de chasse et dépendent donc des profits des chasseurs. Cependant, dans certains scénarios, 3% seulement des revenus de la chasse sont reversés aux communautés.

À l’opposé, en seulement cinq mois, Akashinga a investi plus d’argent par mois dans la communauté locale que la chasse aux trophées en un an. Entre 60 et 70% des coûts opérationnels reviennent directement à la communauté locale – transformant la conservation de la biodiversité en projet communautaire. 80% de ces coûts atteignent la communauté au niveau des ménages.

Ces facteurs équivalent à un meilleur rendement financier pour la communauté locale que ce que la détérioration des opérations de chasse au trophée offrait auparavant.

Des risques bien présents

Cependant, aucune formation et empathie ne peuvent éliminer complètement les risques. À l’échelle mondiale, la dernière décennie a vu plus de 1 000 gardes forestiers tué.e.s au travail, notamment par des braconniers, des animaux et des accidents. En mars 2018, les femmes d’Akashinga ont fait face à leur première tragédie lorsque deux gardes et un entraîneur masculin les conduisant se sont noyés en traversant une rivière.

Toutefois, l’histoire Akashinga déroule un récit mondial plus vaste, et son travail a un impact sur la pauvreté, les changements climatiques et les crises.

Cette fondation veut développer des communautés et des nations compatissantes, saines, fortes, axées sur la préservation des écosystèmes et motivées par des actions sans but lucratif, non corrompues et éthiques.

Akashinga ne concerne pas seulement la faune qu’elle veut protéger, mais aussi une manière différente d’envisager la philanthropie, la conservation, l’autonomisation, l’intégration de la dimension de genre, l’application des lois, le développement rural, la santé et le bien-être, la chasse aux trophées et la gestion des terres en Afrique.

Ce documentaire sera diffusé prochainement sur les réseaux digitaux de National Geographic. Crédit photo à la une : iapf.org

 

A propos de l'auteur-e

Céli
Céli
Passionnée et engagée, aime le yoga, la nature, la cuisine et les voyages. Aime aussi [beaucoup] les carottes, le hummus et les bananes et participe donc fortement au stéréotype du vegan, avec fierté.

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