Cela fait maintenant quatre années que la population Suisse mange moins de chair animale, d’après le rapport du 27 mars 2020 de l’Office Fédéral de l’Agriculture.

En 2019, les détaillants suisses ont écoulé 214 470 tonnes de produits à base de viande (« viande fraîche et produits transformés», mais non celle entrant dans la composition des sandwiches, des sauces et des produits de boulangerie ). Cela représenterait 3’000 tonnes de moins que l’année précédente.

Au niveau des espèces, les viandes dites de « porc », d’agneau et de veau sont en baisse. A contrario, la quantité de « poulet » vendue est en augmentation.

Au niveau des prix, l’augmentation de ces derniers compensent la diminution du volume et ainsi le marché de la viande a connu une augmentation de 0.1%, pour un total de 4 753.4 millions de francs.

Marché de la viande dans le commerce de détail suisse

 

Dans une analyse non spéciste, devons-nous nous réjouir de cette nouvelle, et comment devons-nous analyser ces résultats ?

Il convient de pondérer ces résultats par les faits suivants :

  • Ces chiffres n’intègrent pas la restauration et ce que les habitant-e-s mangent hors de leur foyer. Or, ces quatre dernières années, l’hôtellerie-restauration suisse est en croissance :

    GastroSuisse: Evolution du chiffre d’affaires – 2019

     

  • Ces chiffres n’intègrent pas le tourisme d’achat – le fait de franchir une frontière pour faire ses courses – et ne peuvent pas vraiment le faire, étant donné la difficulté à en rassembler les données. Difficile là-aussi de faire des conjectures, mais l’agroalimentaire frontalier en France, par exemple, semble bien se porter, où certains commerces dépendraient à 50% des acheteurs Suisses.

Or, de ces dynamiques de chiffres et de secteurs, que se passe-t-il pour les animaux ? Les chiffres pour 2018, 2019 et 2020 ne sont pas encore disponibles, mais il est clair que le nombre d’animaux tués en Suisse entre 2006 et 2016 a presque doublé !

 

Note sur : vu que les rapports de ProViande ne mentionnent plus le nombre d’animaux abattus, je ne peux plus fournir de source. Cet article sera édité rapidement quand on en retrouvera.

Ce qui se passe globalement est la chose suivante :

La population suisse mange plus d’animaux, mais mange moins de gros animaux. La tendance est à privilégier les viandes issues des poules et des dindes, au détriment des charcuteries et des viandes issues des cochons et des vaches. Ainsi, on se retrouve avec un « poids mort total » en baisse, mais un nombre de victimes en augmentation.

Une question peut alors se poser, à quoi cela est-ce dû ?

Mon hypothèse est que l’attraction pour les “viandes rouges” est en baisse suite à la généralisation des campagnes de santé alimentaire et de nouvelle visibilité des données d’impacts environnementaux. Les consommatrices-teurs s’en détournent, au profit de « viandes maigres» et d’animaux aquatiques, jouissants d’une meilleure image.

Une autre partie de cet échec pourrait résider dans la stratégie véganiste, stratégie sur laquelle j’ai déjà rédigé un dossier. Dans tous les cas, la consommation de viande est un paramètre presque indépendant de la réussite de la lutte contre le spécisme.

Même si cela peut donner une tendance toute relative, elle n’en constitue pas un résultat clair et exploitable, dont nous pouvons nous réjouir. Nous devrions sans doute plus réfléchir à comment faire fermer les abattoirs, qu’à scruter le frigo de nos concitoyen-ne-s.

Note: La totalité des chiffres, des données et du texte n’intègre en aucun cas les poissons et autres animaux aquatiques couramment exploités et consommés par la population. Les poissons ne bénéficient d’aucun traitement de faveur, ne sont même pas considérés comme des individus, ils ne sont pas dénombrables et sont pourtant les premières victimes du spécisme. Au lendemain de la Journée Mondiale pour la Fin de la Pêche, il est important de le noter une fois encore.

Photo à la une: Nicolas Castez

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A propos de l'auteur-e

Joseph Jaccaz
Joseph Jaccaz
Musicien et militant antispéciste, j’ai un poster de Yves Bonnardel et de Neil Fallon au-dessus de mon lit.

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