Les récents burgers végétaux ressemblant fortement à des steaks hachés ont soulevé une question tout à fait intéressante et inédite. En dehors des critiques anticapitalistes, une vraie opposition venant des milieux animalistes a vu le jour contre ces produits, arguant que vouloir imiter de la chair, du sang et du gras provenant d’un animal mort était immoral.

Crédit photo: PlantBasedNews – Beyond Meat

Cette argumentation repose principalement sur le postulat qu’imiter des produits provenant d’un animal mort est immoral, puisqu’elle perpétue l’idée qu’on puisse concevoir un animal comme un aliment, une chose, un bien, une marchandise.

L’argument peut être dans un premier temps recevable, mais je pense qu’il est biaisé et qu’un autre schéma d’explication est possible. Alors, nous allons nous poser la question de savoir si la zoophagie : le fait de manger le corps d’un individu sentient, est immoral en soi. Pour tenter de répondre à cette interrogation, il nous faut du concret !

Nous allons parler d’un cas assez atypique, celui d’Arthur Boyt. Cet article ne fera pas qu’une énième recension de son histoire, mais veut bel et bien questionner sa moralité.

Arthur Boyt

Arthur Boyt est un homme anglais, âgé de plus de septante ans, qui cuisine et consomme des animaux morts écrasés sur le bord de la route. Autrement dit, cet individu ne provoque pas directement la mort de ces animaux, il passe bien après, et « fait usage » de la chair d’animaux appartenant à des espèces variées, tout le bestiaire britannique d’animaux sauvages y est passé.

Autre cas, souvent évoqué, est la survie des passagers du vol 571 de la Fuerza Aérea Uruguaya. L’avion transportant une équipe de rugby se crasha dans les Andes en 1972. Pour survivre, les passagers n’eurent comme autre solution que de consommer la chair de leurs camarades morts pendant ou peu après le crash de l’avion. Le cannibalisme étant aussi en soi de la zoophagie, la moralité de cette action fit beaucoup de bruit. Cela a dû être un dilemme moral terrible mais le fait est qu’aucun survivant n’a exploité ni n’a engendré de la souffrance directe ou indirecte à un individu durant cette période.

Crédit photo : Wikipedia – BoomerKC

Si l’on revient autour du cas d’Arthur Boyt, cela ne pose finalement aucun problème moral. En effet, ce dernier ne provoque aucune souffrance directe ou indirecte, n’entretient aucun système provoquant la mort, et pourtant, il consomme des animaux régulièrement.

Ainsi, dans ces deux cas présentés plus haut, on peut affirmer qu’aucun individu dont le corps a été consommé n’a subi de souffrance directe ou indirecte par les consommateurs des dits corps.

On peut donc en conclure que la zoophagie n’est pas un acte immoral en soi.

Mais cela ne s’arrête pas là. Nous pouvons aller plus loin et nous pouvons tenter de nous poser une question dans le cas d’Arthur Boyt :

  • Que ferait Arthur Boyt s’il trouvait un humain mort sur le bord de la route ? Le mangerait-il comme les rugbymen dans les Andes l’ont fait ?

Très probablement et étant donné qu’aucune question de survie de sa propre personne est en jeu, il ferait comme la majorité des gens. Il appellerait la police pour signaler un accident et ne mangerait rien du tout.

Et c’est là que l’on touche au but, le problème source n’est pas la zoophagie, mais le spécisme !

Le problème n’est pas en soi de consommer une chair animale morte, le problème c’est de considérer que les corps des animaux non humains n’ont pas la même valeur que les corps humains, et que donc, on peut les manger sans aucun problème de conscience. Si une poule s’était trouvée à bord du vol 571 de la Fuerza Aérea Uruguaya, la consommation de sa chair n’aurait posé certainement aucun souci aux survivants. De même, si la poule avait survécu au crash de l’appareil, nous pouvons présumer que le meurtre de cette poule pour la survie des humains aurait largement été envisagé sans trop de dilemme pour les survivants. Il serait aussi intéressant de noter notre jugement collectif si l’animal en question était un chien ou un chat.

Le souci donc, ce n’est pas la zoophagie, c’est le spécisme. C’est le spécisme qui continue de considérer les autres animaux comme des choses de seconde zone, n’appartenant pas à notre société. C’est le spécisme qui nous empêche de nous poser des cas de conscience comme ceux qu’ont eu les rugbymen survivants du crash lorsqu’ils ont eu à découper des humains.

Si nous vivions dans une utopie post-spécisme, nous pouvons supposer que notre cher Arthur Boyt ne mangerait pas forcément plus le corps d’un hérisson que le corps d’un humain, il appellerait la police dans les deux cas.

Dans tous les cas et pour conclure : les burgers de Beyond Meat, Moving Mountains, Nestlé ou peu importe qui d’autre n’entretiennent pas le spécisme. Ils n’entretiennent même pas la zoophagie, puisqu’au contraire ils démontrent justement que l’on peut avoir le même plaisir gustatif sans domination, sans exploitation et sans meurtre derrière, car finalement, c’est ça le problème : le spécisme.

De plus, les alternatives végétales posent énormément d’autres problèmes. Ils sont d’ordre économique, éthique, moral et s’englobent dans les défauts de la stratégie véganiste et seront traités dans d’autres articles à venir.

Mais le but de cet article est de vous avoir apporté quelques éléments de réflexion pour juger qu’ils n’alimenteront en rien votre envie de tuer des gens, bien au contraire.


Pour aller plus loin : 

Le Spécisme, c’est quoi ? La mini-série de l’association PEA – Pour l’Egalité Animale
Textes et narration par François Jaquet

Pourquoi et comment combattre le spécisme ?
Conférence d’Yves Bonnardel, organisée par l’AVUQAM (Asso antispéciste de l’UQAM), 2016


 

 

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A propos de l'auteur-e

Joseph Jaccaz
Joseph Jaccaz
Musicien et militant antispéciste, j’ai un poster de Yves Bonnardel et de Neil Fallon au-dessus de mon lit.

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