C’est la question que s’est posée la journaliste L.V Anderson de Slate dans un article paru hier (en anglais), basé sur une étude de 2009 intitulée “Climate benefits of changing diet” (nb: Bénéfices d’un changement alimentaire pour le climat).

Des chercheurs de l’Agence d’évaluation environnementale des Pays-Bas ont réalisé des projections liées à un monde devenu globalement vegan: quelles seraient les conséquences si l’humanité consommait moins de viande, pas du tout de viande ou pas du tout de produits d’origine animale?

 

Selon eux, les émissions de dioxyde de carbone liées à l’élevage baisserait de 17%; les émissions de méthane de 24%; de protoxyde d’azote 21%, le tout d’ici à 2050. Un véganisme universel baisserait drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.

Entre autres,  les chercheurs néerlandais ont découvert que le végétarisme ou le végétalisme mondial permettrait d’atteindre ces gains à un coût bien inférieur que celui engendré par une intervention purement économie (via des taxes) et/ou technologique (recherche d’énergies renouvelables).

Changements économiques

Cette étude se concentre uniquement sur les changements climatiques; les chercheurs n’ont pas creusé d’autres domaines. «Dans cette étude, nous avons ignoré les possibles implications socio-économiques, tels que les effets sur la santé de la population ou sur le PIB par exemple», a écrit Elke Stehfest et ses collègues. «Nous n’avons pas analysé les conséquences agro-économiques;  ces conséquences pourraient non seulement entraîner des coûts de transition, mais pourraient aussi avoir des répercussions sur le prix des terres. Les coûts qui sont associés à cette transition peuvent évidemment compenser une partie des gains dont il est question ici ».

Il va sans dire qu’un changement global de régime alimentaire modifierait très fortement le modèle économique actuel, même au point de le couler.

Un rapport des Nations Unies de 2006, “Livestock’s Long Shadow” (nb: La longue ombre du bétail) indiquait les effets dévastateurs de la consommation de viande sur l’environnement, mais démontrait que celle-ci représentait des emplois pour 1,3 milliards de personnes (987 millions de ces personnes étant pauvres). Si la demande en viande venait à disparaître du jour au lendemain, les moyens de subsistance de ces gens disparaîtraient; un gros challenge pour des personnes déjà en situation critique, économiquement parlant.

Cependant, pouvons-nous vraiment imaginer un changement aussi drastique en si peu de temps? Ce changement – changement peut-être déjà en route! – se ferait très probablement lentement et par étapes. En outre, les agro-industries cultivant du maïs/soja pour nourrir le bétail seraient en mesure de s’adapter en fournissant une production destinée à la demande humaine. De quoi laisser une marge pour l’apparition de nouveaux emplois, ou, soyons fous, d’une économie nouvelle.

Libération d’étendues terrestres

Un autre point important si ce changement se ferait: l’étendue des terres.  Actuellement, les pâturages occupent 26% de la surface de la terre libre de glace. Un chiffre astronomique!  Les scientifiques néerlandais prévoient que 2,7 milliards d’hectares seraient libérés grâce à un végétarisme mondial, sans compter les 100 millions d’hectares existants actuellement utilisés pour cultiver du fourrage.

Effondrement des risques d’infections résistantes aux antibiotiques

Un autre avantage à soulever dans un monde végéta*ien: la baisse des risques d’infections résistantes aux antibiotiques.

Actuellement, l’utilisation systématique d’antibiotiques dans l’élevage (pour favoriser le gain de poids et prévenir les maladies dans des conditions insalubres) contribue fortement à la résistance des bactéries à ceux-ci.

Le Centre de Prévention et Contrôle des Maladies annonçait en 2013 qu’au moins 2 millions d’Américains tombent malades de pathogènes résistants aux antibiotiques chaque année, et a déclaré que l’utilisation d’antibiotiques chez les animaux était “inutile et inappropriée”. Une étude danoise a démontré formellement la transmission d’une souche de staphylocoque doré résistante du bétail à deux fermiers. En France, une étude de 2012 a estimé à 3.500 le nombre de décès annuels liés aux infections nosocomiales (contractées en milieu hospitalier) dont la moitié des cas lié à une bactérie résistante liée à l’élevage (appelée SARM). En Suisse romande, le lac Léman est souillé par des bactéries résistantes.

Avec l’éradication des fermes-usines, d’où émergent de nombreuses bactéries résistantes, il est probable que nous puissions continuer à compter sur des antibiotiques efficaces pour lutter contre des maladies graves de notre propre espèce.

Un monde meilleur ?

Cette description d’un monde végéta*ien n’est que spéculation, mais elle ne paraît pas si horrible que cela, non?

C’est certain que si l’on observe la situation actuelle, liée à une consommation massive de viande, comme le réchauffement climatique et ses cataclysmes devenus monnaie courante; le gouffre qui se creuse toujours plus entre les riches occidentaux et le reste de la population humaine; les pauvres toujours plus pauvres et toujours nombreux; la famine… les problèmes de l’humanité ne peuvent qu’empirer.

Un monde 100% végéta*ien n’existera probablement jamais, mais il est facile d’imaginer, ici et maintenant, une humanité plus respectueuse de sa planète, tout simplement en baissant sa consommation de produits animaux.

Que pensez-vous de ces prévisions? Quelles autres conséquences peut-on imaginer?

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A propos de l'auteur-e

Luisa
Grande curieuse écolo, amoureuse en cuisine, parfois baroudeuse (à petit budget). Créatrice de vievegane.ch

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