Le film documentaire “The Game Changers”, fait débat au sein de la rédaction. On vous partage nos avis personnels :

L’avis de Mathilde :

La sortie de ce nouveau documentaire sur Netflix a fait du bruit. Du moins, dans mon cercle virtuel. J’ai eu l’impression que TOUT LE MONDE en parlait : des influenceurs parisiens aux triathlètes anglais et américains, mon flux Instagram était plein d’opinions sur la question.

Et comme je suis la copine végane de beaucoup de mes connaissances, j’ai eu beaucoup de retours (non-sollicités). “T’as aimé?”, “Mathilde! T’as vu Game Changers?!”, “T’as pensé quoi de Game Changers??” ou encore “Oh j’ai vu un nouveau documentaire sur Netflix, sur le véganisme et le sport, tu devrais le voir” (no shit, Sherlock). Bref, mon premier constat sur la question, c’est que The Game Changers a fait parlé de lui et ce bien au-delà des sphères (pourtant perméables) de la Véganie!

En cela, je salue la performance. Je suis contente que le véganisme devienne tellement mainstream que chaque badeau lançant Netflix pourra être amené à apprendre plus sur le sujet et comprendra, dès lors, que quand je demande une pizza végane ça veut dire sans fromage, mozzarella comprise. Je suis contente de voir que le régime végétalien est de plus en plus compris et acquis. De plus, The Game Changers est un documentaire à gros budget, il est bien fait, il donne envie d’être regardé jusqu’à la fin… Je me rappelle avoir dû forcer ma famille à regarder Forks over Knives, alors que mes amis les plus omnis ont volontairement choisi de se lancer dans un documentaire d’une heure et demie qui challengerait leurs convictions.

Evidemment, le film n’est pas parfait. Ce qui m’a le plus dérangé, c’est qu’il avait tendance à faire l’amalgame entre régime végétalien et le “wholefood plant based diet. Pour une fan de junk food végane comme moi, il est évident qu’affirmer qu’un régime végétalien est de facto anti-inflammatoire est un peu dérangeant. J’ai conscience que mon alimentation végétalienne n’aide EN RIEN mes performances sportives. Or, vendre le véganisme par le biais de la santé et de la santé seulement, c’est à mon avis très réducteur. 

Mais…. Force est de constater que ça marche! J’ai la chance (ou pas) d’être dans une conversation de groupe sur WhatsApp avec une quarantaine de sportifs, tous très portés sur 1) les sports d’endurance, 2) la bière et 3) la bonne chère. Devinez qui a abordé le sujet de The Game Changers? Eh bien pas moi. Je les ai observé débattre de si oui ou non ils feraient mieux de calmer le jeu sur les fondues bourguignonnes en sirotant mon mocaccino au lait d’avoine. Leur conclusion a été unanime: “Ça fait réfléchir quand même…” – et apparemment, ça fait vraiment réfléchir puisque l’un d’entre eux est revenu sur le sujet, en privé, auprès de moi et de mon copain.

Bien sûr les études citées sont à prendre avec des pincettes; bien sûr le film manque d’une certaine rigueur scientifique et se complaît dans un certain sensationnalisme superficiel sans aborder la question profondément éthique du véganisme, qui pour nous est centrale; bien sûr, une alimentation végétalienne n’est pas de facto anti-inflammatoire et ne nous fera pas soulever des voitures à bout de bras… Mais si le film suffit à ce que mes potes sportifs 1) mangent une (ou dix) fois moins de viande dans la semaine et 2) s’ouvrent aux alternatives végétaliennes dans l’espoir (un peu naïf) de ressembler à Lou Smith à 60 ans et bien grand bien leur fasse. Ces pas ne me suffisent bien sûr pas, mais ils sont fait dans la bonne direction et je suis convaincue qu’en dépit d’un manque de scientificité, l’audience de The Game Changers ne reviendra pas en arrière sur ce qu’elle a appris

Et d’un point de vue nutrition ? Laurence Froidevaux, chiropraticienne spécialisée en nutrition végétale et sportive végane nous donne son avis !

La critique de Célimène :

Game Changers. Le documentaire qui a beaucoup fait parlé de lui depuis quelques mois. En bien et en mal. Qu’il s’agisse du côté des véganes ou non, les critiques sont abondantes.

À juste titre selon moi.

Parce que malgré le fait qu’il y ait pas mal de coquilles, ce documentaire est probablement le plus vu et qui influence  le plus de monde à devenir végétalien en ce moment.

En effet certaines informations avancées semblent assez discutable: la réelle intention et physique derrière l’alimentation des spartiates, le réel régime alimentaire de certains athlètes (dopés ou non), les parts de marchés du réalisateur James Cameron (ainsi que d’autres athlètes dans le documentaire) qui l’auraient poussé à produire ce documentaire, le peu de représentation d’athlètes féminines, l’hypocrisie d’athlètes qui ont construit la majorité de leur carrière en étant omnivores/carnistes, l’utilisation de corrélations et non d’études de causalités, manipulation de données, emploi d’études scientifiques bas de gamme (articles et non méta-analyses), la présence d’anti-nutriments dans les végétaux qui ne sont “soi-disant” volontairement pas présentés dans le film, manque de présentation de recettes…etc.

Premièrement, je pense que tout dans ce documentaire n’est pas bon à prendre. En effet, certaines études et informations avancées ne me semblent pas issues de bases solides et ont été rapidement et facilement démontrées et discréditées. Voilà où se situe la limite des arguments en faveur du véganisme via la nutrition: on y trouve tout et son contraire. Et lorsque les informations mises en avant sont fausses ou biaisées, cela discrédite malheureusement le végétalisme et par conséquent le véganisme. Car les raccourcis seront très vite employés par les septiques ou les haters pour discréditer tout le mouvement. Il faut faire très attention.

Lire aussi, Protéines végétales : un marketing musclé 

Mais est-ce que je pense que le végétalisme est bon pour la santé? OUI. Est-ce que je promeut ce régime alimentaire et même plus ce style de vie qui s’étend bien au-delà de la nourriture? OUI. Mais étant donné qu’il n’est pas nécessaire d’être 100% végétalien pour être en bonne santé, c’est exactement pour cette raison que je promeut toujours le véganisme et l’antispécisme puisque la question de l’éthique n’est pas basée sur ce type de pourcentage, au même titre que les luttes contre le racisme, homophobie etc. C’est Soit on l’est, soit on l’est pas.

Deuxièmement, je tiens à mettre les choses au clair:  il n’a jamais été question ici d’aborder, ni la nutrition dans son aspect général et objectif, ni du véganisme ou de l’antispécisme dans leur implication écologique et/ou éthique. Les animaux sont clairement les oubliés de ce reportage. Mais beaucoup de personnes ferment les yeux et se bouchent les oreilles dès qu’il s’agit des animaux. Ce documentaire permet donc de faire accepter les plus septiques à peut-être d’entendre parler d’une approche végétalienne, voire végane mentionnée de temps en temps, surtout vers la fin. Beaucoup d’athlètes sont également engagés pour la cause animale (Patrick Baboumian, Nimai Delgado) qui pour le coup sont véganes. Dommage que ce ne soit pas mentionné ou du moins plus clairement.

Game changers s’adresse a un “grand public”. Pour être clair, il met en lumière des sportifs végéta*iens (dopés ou non, comme dans le milieu sportif traditionnel rien de nouveau ici). Ce documentaire avait pour but de détruire un mythe bien ancré dans la pensée populaire : végétarien/végane = faible carencé. Alors je pense que ce qu’ils ont essayé de montrer dans ce documentaire c’était pas une maxime disant : devenez végane, vous gagnerez du muscle ! Mais plutôt “c’est possible!”, contrairement à ce que les gens ont tendance à penser.  Pour faire simple, il s’agissait de montrer qu’avoir un régime alimentaire et mode de vie sans tuer d’animaux sont compatibles avec une forte activité physique et une bonne santé.

Les sportifs interviewés donnent leur ressenti sur leur physique et leurs performances entre le moment où ils étaient omnivores et celui où ils sont végés : on pas vraiment jugé ça et c’est vrai que pour beaucoup de sportifs cela leur a permis d’améliorer leurs performances, que ces gens soient pro ou non d’ailleurs ! Ils montrent que la transition “omni” / “végé”  peut très bien se passer et peut conférer une meilleure forme ce qui est très positif : ces sportifs se sont renseignés et prennent soin de leur santé, entretiennent leur corps cela explique leur réussite mais cela ne veut pas dire que ce n’est pas accessible à la majorité des gens.

Effectivement, l’alimentation végétale malmenée nuit également à la santé (céréales raffinées, déséquilibre alimentaire, huiles raffinées, graisses transformées etc) qui cause une inflammation du corps. Le problème des protéines animales, c’est leur pouvoir inflammatoire sur le corps (entre autres). Sans parler de la forte présence de graisses saturées responsables des maladies cardiovasculaires, infarctus etc. Selon une multitudes d’associations de diététiciennes et diététiciens à travers le monde (position Britannique, américaine, canadienne etc) le régime végétalien est prouvé comme viable à tous les stades de la vie s’il est bien mené.

Crédit photo : Gaz Oakley

Quant aux anti-nutriments et à l’absorption des nutriments, il faut savoir que beaucoup d’anti-nutriments disparaissent avec la cuisson (pour les phytates notamment). Sans compter que les anti-nutriments se retrouvent également dans les produits animaux! De plus, le calcium laitier est absorbé en moyenne à 30% contrairement à 40-70% pour le calcium végétal. Aussi, la problématique de la biodisponibilité se retrouve également dans le régime omnivore. AUCUN régime alimentaire ne protège d’AUCUNE carence, y compris la B12! Les gens omnivores ne mangent généralement pas assez de végétaux et donc ont des carences en vitamines, minéraux, antioxydants, d’ailleurs plus de 80% des occidentaux ont des carences en vitamine D. En revanche au vu de l’urgence climatique, il s’agit surtout de revoir son mode de vie. Et beaucoup d’autres éléments découlent de la consommation de produits animaux qui permettent de largement justifier l’arrêt de la consommation.

Troisièmement, l’utilisation d’articles au profit de certaines méta-analyses ne discrédite en rien les informations délivrée. En effet, une méta-analyse se base sur une multitudes d’articles différents. Or, ces derniers peuvent être tous de mauvaise qualité et donc rendre la méta-analyse médiocre. Sachant que la majorité des études scientifiques portant sur l’alimentation végétale, articles et méta-analyses confondus, sont en faveur du végétalisme : ce qui est montré dans le documentaire concorde avec la majorité des études scientifiques.

Point numéro quatre: “Les conflits d’intérêts”. Les conflits d’intérêts sont présents partout! Bienvenue dans le monde du capitalisme mais surtout dans le monde de l’industrie de l’exploitation animale: En 2008, l’industrie laitière pèse plus de 20 milliards d’euros en France, soit 5% de la production mondiale. Elle est le premier annonceur de publicités de l’agro-alimentaire[1]. Comptez aussi le nombre de pubs pour de la viande et les oeufs par rapport à celles du soja ou des légumes.

Pour finir, s’il inclut une grande majorité d’hommes c’est de parce que peu d’hommes sont véganes ou végétaliens notamment dû aux stéréotypes de la viande et de la virilité.

Je connais au moins 10 personnes dans mon entourage qui sont devenus végétaliens, véganes ou qui ne consomment des produits animaux que 2-3 fois par semaine au lieu de 2-3 fois par jours!

Je ne suis pas de ceux qui vont démonter ce documentaire. Je déplore simplement l’utilisation d’études qui ne sont pas qualitatives et qui véhiculent de fausses ou mauvaises informations et qui discréditent le message pourtant clair et juste. Le fond est bon, la forme un peu moins. Il faut aussi prendre conscience que des personnes deviennent véganes pour leur santé comme première approche. Mais il est impératif à mon sens de continuer à se renseigner et il est presque impossible de passer à côté de l’aspect éthique et écologique quand on fouille et qu’on va un peu plus loin dans les recherches.

Pour moi la force du véganisme ce sont ces 3 pôles qui se conjuguent. Pas la peine de hiérarchiser. Même si je partage aussi l’idée que l’éthique permet de renforcer les arguments et de voir le véganisme à long terme et comme une position politique, des valeurs où les « exceptions » n’ont pas leurs places. Ni la perfection d’ailleurs.

[1] SOUCCAR, Thierry, “Lait, Mensonges et propagande”, Ed. Thierry Souccar, 2008, Vergèze (France)

Ce qu’en a pensé Joseph :

Il y a deux sortes de documentaires, ceux qui parlent de spécisme, et les autres. Les premiers sont les meilleurs, les seconds sont moins bons pour moi !

En faite, ce documentaire est difficile à traiter et possède plusieurs défauts. Outre le fait qu’il ne parle à aucun moment du spécisme (qui est pourtant la discrimination qui envoie les animaux à l’abattoir), c’est qu’il adopte – à mon opinion – une stratégie du « gouvernement vegan” qui à mon avis cause énormément de tort aux animaux et dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site.

En gros, à écouter le documentaire, l’alimentation végétale est préférable car elle est plus intéressante qu’une alimentation incluant des produits issus de l’exploitation des animaux, pire, en filigrane on entend presque un propos voulant séparer l’espèce humaine en deux catégories, les véganes et les autres.

Les uns sont moralement meilleurs, les autres seraient encore restés sur une éthique moyenâgeuse et ne seraient que des humains moins ou et moins biens. Au risque de me répéter, je ne crois pas que les consommateurs de viande soient coupables ni vraiment responsables, c’est plutôt à la société en son entier qu’il faut s’en prendre et à toutes les institutions spécistes qu’il faut démonter. En s’attaquant principalement à des sportifs masculins, on pourrait d’abord penser que la réalisation du film tente de combattre le virilisme et la pression sociale autour de la consommation de végétaux (où l’idée préconçue est que la viande rend fort, beau et puissant). L’idée est bonne mais, malheureusement, elle est truffée de biais et plonge clairement dans le sensationnalisme à l’américaine (et le tout m’énerve fortement).

Prenons un exemple, la scène où des sportifs mangeront deux repas, un avec animaux l’autre sans, et la durée et la puissance de leurs érections nocturnes seront mesurées. Premièrement ce n’est scientifiquement pas valable, cela devrait se faire en double-aveugle (où l’expérimentateur et le patient ne sauraient à aucun moment ce qu’ils mangent, pour éviter des biais) et sur un plus grand échantillon et une plus grande période de temps. D’ailleurs, le médecin le reconnaîtra lui même dans le documentaire, son expérience n’a aucune valeur scientifique, si cela n’est pas un aveu de sensationnalisme, je ne sais pas ce que c’est. De plus, tenter de séduire son auditoire en les invitant à devenir végane car ils seraient de supers coups au lit, ça craint, c’est fallacieux, malhonnête et cela décentre tout simplement le fait que les animaux meurent égorgés dans les abattoirs. C’est un peu comme si on souhaitait combattre les violences faites aux femmes en faisant un documentaire sur le fait que le bruit des coups dérange les voisins. Dans cette métaphore comme dans ce documentaire, les victimes sont invisibles et c’est à mon avis fondamentalement problématique, en plus des erreurs scientifiques d’envergure.

On me répondra que j’ai tort de juger ce film ainsi, car toutes les portes vers le véganisme sont bonnes à prendre. Pour ma part, je pense que nous serions clairement plus convaincants si nous cessions une bonne fois pour toutes de tenir des propos trompeurs, et si nous étions rigoureux. Si nous étions rigoureux, nous aurions déjà tout le corps scientifique dans notre poche et nous serions juste plus factuels et plus proches de la réalité.

Bref, nous serions plus puissants, notre écho dans la société serait plus fort si nous parlions de ce qui est vrai, de spécisme et si nous recentrons le débat sur l’individualité des animaux qui meurent après avoir vécu une vie de misère.

Et toi, qu’as-tu pensé du documentaire The Game Changers ? Es-tu d’accord avec ces avis ?

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