Oui, vous m’avez bien lu. Si on part du principe que la définition du véganisme c’est un mode de vie qui évite le plus possible de faire souffrir les animaux sensibles, alors oui, le fait de manger des amandes ne respecte pas ladite définition.

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Pourquoi ?

Les amandes sont produites par l’amandier. C’est un arbre, qui comme plein d’autres arbres fruitiers, est pollinisé par des abeilles. S’il n’y a pas d’abeilles, la production mondiale d’amandes n’existe pas.

80% de la production mondiale est en Californie [source 1] [source 2], et la pollinisation est massive, effectuée en moins d’un mois. Les abeilles locales ne parviendraient pas à tout polliniser quand l’homme le fait, alors l’agriculture a recours à une exploitation massive des abeilles.

Amandiers en Californie – Crédit photo Louisa Hooven

En 2011 par exemple, plus d’1.7 million de ruches furent mises sur places, transportées par camion, provoquant un stress terrible pour toutes les colonies d’abeilles présentes. Les Abeilles sont des animaux sociaux, dont la sensibilité n’est plus à démontrer. Avec environ 50’000 abeilles ouvrières dans une ruche, cela fait grosso modo 85 milliards d’abeilles ouvrières exploitées sur une période d’environ vingt jours.

Ces abeilles sont celles qui produisent plus de 70% du miel aux Etats-Unis, et cette exploitation serait aussi l’un des facteurs pouvant expliquer le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles.

Si vous ne consommez pas de miel pour ne pas exploiter les abeilles, pour des raisons éthiques ou écologiques, pourquoi consommez-vous des amandes ?

Si vous consommez des amandes, vous ne rentrez pas dans la définition stricte du véganisme.

Vous êtes donc hypocrites.

… C’est bon ?

… On peut arrêter de s’insulter mutuellement et construire quelque chose de plus efficace ?

Je n’écris pas ce texte pour vous faire sentir coupable. En fait, ce n’est même pas vraiment une idée originale, c’est un peu ou presque une traduction du site « Almonds are not Vegan ! ».

J’écris ici juste pour vous proposer une alternative, une sortie de crise. Cessons d’utiliser le véganisme comme un fer de lance intellectuel puissant, parfait, implacable. Le véganisme parfait n’est pas franchement possible à l’heure où ces lignes sont écrites. Le végane militant parfait n’existe probablement pas.

Sortons des caricatures de nous même. Source : Plan VeggiePirate – Facebook

Qu’est-ce qu’on peut faire alors ?

Parlons de spécisme, parlons de sentience, parlons de choses réelles. Je me suis déjà exprimé sur ces notions, mais nous devons encore travailler fort dessus. Nous souhaitons voir les abattoirs fermer car les animaux sentients souffrent, y vivent des horreurs, fuient la mort. Nous souhaitons la fin de la pêche, de la chasse, des expérimentations, des zoos et de l’élevage car les animaux sentients peuvent ressentir et expérimenter comme nous la joie, la tristesse, le bonheur et le malheur.

Ce n’est pas de l’anthropomorphisme, qui constituerait à croire que les autres animaux seraient « un peu comme nous » mais mettre fin à l’humanisme, que nous descendions un peu de notre piédestal, pour que nous réalisions que c’est surtout nous qui sommes un peu aussi comme eux.

On dit souvent que les hommes qui se sont détachés du règne animal, ont pu créer la musique, aller sur la Lune ou j’en passe. Je mettrais ma main à couper que vous qui me lisez n’êtes ni capable de lire et jouer du Beethoven ou de construire une fusée pour aller dans l’espace. Vous n’êtes même pas fichu de voler dans les airs, probablement même pas capable de grimper en haut d’un arbre sans risquer de vous briser le cou.

A l’heure où ces lignes sont écrites, nous vivons l’épisode du confinement à cause du Covid-19. Nous voilà reclus chez nous, notre modèle économique est à la presque agonie, notre société entière a appris à vivre au ralenti, autrement. Ces heures nous apprennent que notre société survit grâce à la coopération.

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C’est grâce à la coopération des humain.e.s que nous avons pu créer des grands orchestres ou une fusée Saturne V. Les plus belles choses de l’espèce humaine, comme les plus merdiques sont nées du fruit de la coopération et des sciences.

Alors profitons de ce moment pour bâtir un après confinement plus juste.

Cessons de parler de véganisme comme l’alpha et l’oméga de la lutte. D’accord, c’est pratique, ça indique nos habitudes de vie à nos partenaires, à nos camarades, à nos collègues, aux membres de nos familles. Mais cela doit en rester là.

Parlons de ce qui est juste, par honnêteté intellectuelle. Parlons politique, parlons sentience, parlons des abattoirs, parlons des chalutiers, parlons des fusils, parlons des seringues, parlons des filets de pêches, parlons des inséminations artificielles, parlons des milliers de milliards de vies sensibles qu’on tue pour continuer de croire que nous sommes les meilleurs. Un tout petit bout de truc qui se réplique dans nos corps nous a rappelé que notre société humaine n’est franchement pas grand-chose.

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Cessons les querelles de chapelles entre nous, à savoir qui est le plus parfait, le plus vertueux. Le paradis pour le plus vrai des véganes n’existe probablement pas.

L’enfer par-contre, pour les autres animaux sensibles, il existe, il est bien réel, et nous devrions toutes et tous y mettre fin le plus vite possible.

Ensemble, mettons fin au meurtre, à l’exploitation, à l’injustice, ensemble, mettons fin au spécisme.

Image d’illustration : Marc Pascual via Pixabay 

A propos de l'auteur-e

Joseph Jaccaz
Joseph Jaccaz
Musicien et militant antispéciste, j’ai un poster de Yves Bonnardel et de Neil Fallon au-dessus de mon lit.

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