À quelques jours des avant-premières romandes du documentaire suisse “Être avec les animaux”, qui dresse le portrait de personnes ayant développé différentes méthodes de communication animale, nous avons profité de l’occasion pour nous pencher sur ce sujet curieux.

La communication animale est un thème qui intrigue depuis un moment la rédaction de VieVégane.ch. Avec de plus en plus de questionnement sur la conscience animale, dans le monde scientifique, mais aussi dans la sphère publique, il est grand temps de découvrir ce que les animaux ont à dire à leur tour.


Mais qu’est-ce qu’e
st la communication animale et qu’est-ce que veut dire être interprète animalière.er? On passe la parole à Valérie Lebon, communicatrice animale.

Qu’est-ce que la communication animale?

La communication animale est la capacité à communiquer avec le règne animal de manière télépathique. Les animaux communiquent en envoyant toute sorte de pensées, qui nous arrivent sous forme d’image ou de sensation à travers nos cinq sens et que nous pouvons traduire en mots. C’est exactement le travail d’un.e interprète d’une langue à l’autre.

La communication peut aider à améliorer le quotidien d’un animal ou d’un animal en fin de vie. C’est une relation d’aide et le.la communicateur.trice doit être à l’écoute des besoins de l’animal sans pour autant interpréter à “sa sauce” humaine. C’est un dialogue qui s’installe et on est à disposition des animaux et de ce qu’ils ont à dire.

Cela dit, il y a aussi tout l’aspect humain à gérer, la relation entre l’animal et son humain. Parfois, on se sent un peu comme un avocat.

Valérie Lebon, communicatrice animale et formatrice – photo tirée de son compte Instragram

Comment communique-t-on avec les animaux?

On peut communiquer à distance à travers une photo, mais aussi en direct avec l’animal en face de soi. Quand on entre en communication, on se présente et on clarifie toujours pourquoi on veut parler avec l’animal.

En tant qu’humain.e, il faut travailler sur ses propres pensées parasites qui viennent embêter la communication, mais passé cet obstacle, cette communication est innée à chaque être humain. La communication animale professionnelle est un travail exigeant. Si je suis malade par exemple, je ne fait pas de communication ce jour-là, car il en va de la qualité d’écoute que je vais apporter à l’animal. Il s’agit avant tout d’un métier de relation d’aide, c’est pourquoi il faut être en forme pour vraiment pouvoir apporter un soutien à la relation entre l’animal et l’humain.

À quel moment avez-vous découvert la CAI?

J’ai entendu parler de communication animale pour la première fois en 2009, lorsque ma mère me raconta que ma tante avait retrouvé son chat grâce à l’aide d’une interprète animalière. J’ai donc voulu toute de suite essayer l’expérience avec mon propre chat. Je suis sortie de cette expérience complètement fascinée et j’ai su que je voulais apprendre moi aussi à le faire. Mais comment? Car en Suisse romande à l’époque il n’y avait pas de formation et en plus je voulais apprendre des meilleur.e.s dans le domaine. C’est pour cela que j’ai décidé de partir de l’autre côté de l’Atlantique et aller apprendre avec les pionnières étasuniennes, Carole Gurney et Amélia Kinkaid.

Leurs enseignements sont très exigeants, demandant une éthique impeccable et une déontologie pointue pour ce métier. La communication animale est une consultation complète et requiert un savoir dans plusieurs domaines, mais surtout, l’éthique doit être respectée.

Il faut savoir apporter le juste soutien à la fois à l’animal, mais aussi à son humain.e, qui parfois est celui qui a le plus besoin de résoudre des problèmes.

Photo : Alvan Nee

Au niveau personnel, qu’est-ce que la CAI vous apporte-t-elle?

La communication animale a certainement contribué à ouvrir ma conscience et j’ai évolué au niveau personnel de manière spectaculaire depuis que j’ai entamé ce parcours. S’aventurer dans la communication animale a de même étendu ma connexion au monde invisible.
Ce chemin aide à retourner vers soi et j’ai pu découvrir qui je suis.

De votre point de vue, maintenant que vous “parlez” avec les animaux, y a-t-il quelque chose qu’on peut activement faire pour changer le regard sur les animaux dicté par notre culture?

Personnellement, j’ai toujours considéré les animaux comme étant des êtres égaux aux humain.e.s. La communication animale fait prendre conscience aux gens, que les animaux ont eux-mêmes une conscience et surtout qu’ils sont des êtres à part entière.

Toute personne devrait avoir la possibilité de se mettre dans la peau des animaux qui souffrent ne serait-ce que pendant 2 minutes: ils ne pourraient plus leur faire subir ce qu’on leur fait subir au quotidien. Il ne serait plus possible de tuer qui que ce soit.

Les personnes qui font appel à la communication animale, restent tous bouche bée après la communication. Que ce soit uniquement envers leur animal ou pour les autres aussi, le regard sur l’animal change, certaines croyances limitantes tombent et ils comprennent qu’ils sont en face d’être vivants avec une conscience, une profondeur et une âme.
Je reste par contre réaliste, car on est loin d’une ouverture de conscience totale, mais la communication animale contribue à dissiper les barrières entre une espèce et l’autre, mais c’est l’humain qui doit, en dernière instance, aller vers l’animal et ouvrir sa propre conscience.

Photo : Kate Stone Matheson

Que pensez-vous de notre rapport avec les animaux (“domestiques”, “de rente”, “sauvage”)? Avez-vous déjà communiqué avec des animaux de rente et qu’est-ce qu’ils ou elles vous on dit?

Je n’ai jamais reçu de demandes de communication pour des animaux de rente. Le boulot dans ce sens est encore énorme. Je crois qu’il n’y a aucun paysan qui souhaite savoir ce que sa vache pense. Il y aurait trop à remettre en question.

Une fois en visite dans une ferme de taureaux, j’ai été interpellé par les animaux directement, sans demande de l’humain, et ’ils m’ont transmis beaucoup de souffrance pour leur condition de vie, mais aussi énormément de stress pour leur sort, car ils étaient élevés pour finir à l’abattoir.

Les messages de souffrance sont tels, que j’ai dû apprendre à fermer le canal de communication dans ces cas-là, car malgré le message reçu, je suis impuissante face à leur situation et n’ai rien de rassurant à leur communiquer puisque je ne peux pas changer leur réalité. Dans cette situation précise, tout ce que j’ai pu leur dire est que je les voyais tels qu’ils étaient et que je les aimais et qu’il fallait qu’ils gardent à l’idée que certains êtres humains les voient comme des êtres à part entière.

C’est toute la différence entre une communication avec une partie humaine à l’autre bout du fil qui peut entamer des changements positifs pour le bienfait de l’animal. Dans le cas des animaux de rente, leur gardien humain n’aura probablement aucune envie de mettre en place des solutions en leur faveur.

Photo : Alaina McLearnon

Observez-vous une augmentation de l’intérêt pour la communication animale ?

Oui, absolument. Ces dernière années il y a même eu un engouement pour la communication animale. Toujours plus de personnes sont intéressées à l’expérimenter, mais aussi à en apprendre les techniques.

Je suis sûre que dans quelques années, ce sera chose courante de faire appel à la communication animale pour mieux comprendre les animaux.

Dans la bande-annonce d'”Être avec les animaux”, on voit Maycol Errani du Cirque Knie dresser un cheval pour un spectacle. Que pensez-vous de cette pratique culturelle ?

Je ne suis absolument pas pour l’utilisation d’animaux pour notre amusement.

Cela dit, j’ai une fois été interpellé par une dame qui dressait des chiens. Celui avec qui j’ai communiqué aimait ce qu’il faisait, du coup je me laisse avoir le bénéfice du doute qu’il faut juger les situations au cas par cas. Chaque animal ayant un caractère bien propre, il se peut qu’il y en a qui aiment “travailler”. C’est une possibilité que je laisse ouverte.

Que pensez-vous de ce que revendique le mouvement antispéciste?

Je suis complètement d’accord avec les revendications. Je souhaite un monde sans exploitation animale et sans tuer des animaux inutilement. Certaines façon d’amener le discours par contre nourrissent malheureusement l’autre camp en lui donnant de la force. C’est dommage, car ça dessert la cause au final.

Conscience ou pas conscience des animaux? Peu importe. Ce qui est sûr, c’est que les animaux ont beaucoup de choses à dire et ils sont prêts depuis des millénaires à partager leur vision du monde avec nous.

Maintenant, pour les être humains de cette planète, il est venu le temps d’apprendre à ÊTRE nous aussi avec les animaux. C’est bien cela pour moi la question au cœur du raisonnement antispéciste.


Projections spéciales “Etre avec les animaux”:
Mardi 4 février 2020, Cinélux à Genève, avant-première avec présence de la réalisatrice, Salomé Pitschen, et Valérie Lebon.

Jeudi 6 février 2020, Zinéma à Lausanne, workshop avec Valérie Lebon à 18h et projection du documentaire à 20h.

 

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